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Hiemal - Road Of Pioneers (2020)


En l'espace d'à peine plus de trois ans, Hiemal a bâti une œuvre monumentale qui continue par ailleurs de s'enrichir à un rythme effréné. Ce n'est ainsi pas moins d'une soixantaine de réalisations que ce projet solitaire a capturées depuis 2017 ! Nous n'avons pas encore couvert la moitié de l'année 2020 et l'on compte déjà pas moins de sept enregistrements (au moment où ces quelques lignes sont écrites). Si la qualité n'était pas au rendez-vous, ce stakhanovisme diarrhéique ne mériterait pas d'être souligné. Or chez Hiemal, l'extrême fertilité rime avec une formidable créativité. Là réside toute la valeur de cette entité dont le travail est tout entier consacré à un dark ambient polaire. Pour l'unique maître des lieux, ces immensités glacées alimentent une éternelle source d'inspiration. Dans cette pléthorique discographie, nous aurions pu cueillir n'importe quel album, tous étant d'une égale mesure. Nous avons cependant jeté notre dévolu sur Road Of Pioneers l'une de ses dernières créations. Comme son superbe -encore une fois - artwork ainsi que son titre le suggèrent, l'opus suit la trace des chercheurs d'or qui, dans le Canada du 19ème siècle, ont bravé le froid et sillonné des routes montagneuses figées par l'hiver. 

Ce thème inspire au Français, selon son habitude, trois pistes au format dilaté, deux d'entre elles gravitant même autour de la barre des trente minutes (voire plus) au garrot ! Un linceul de glace s'étend à l'infini, qui envoûte autant qu'il emprisonne le pèlerin dans une gigantesque congère. De tels paysages sonores, évoquant ces tracés rocailleux et isolés qui serpentent dans des territoires sévères et hostiles que l'Homme n'a pas encore souillé, se révèlent propice à la contemplation solitaire, voyage qu'il convient de vivre au casque dans une pièce peu à peu grignotée par une nuit hivernale. Enveloppantes et immobiles, ces plaintes répandent des nappes neigeuses d'une puissance d'évocation immersive. Mises bout à bout, elles tissent une masse répétitive aux contours flous, donnant l'impression d'être absorbé par une seule et unique plage de plus d'heure d'écoute remplie de sonorités frissonnantes entre drone éthéré ('Evergreen Canyon') et ambient glacial ('Moss Covered Cabin In the Spruce'). Sans doute d'une chiantise absolue pour 99% des gens mais d'une beauté immense et méditative pour une poignée qui saura goûter à la mélancolie diffuse qui ourle le tapi évanescent qu'étire ce Road of Pioneers engourdi par une froideur vaporeuse. On ne saurait trop vous inviter à vous immerger dans l'œuvre de Hiemal, invitation au voyage dans de grandioses contrées hivernales. (14.05.2020) ⍖⍖⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...