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Helrunar - Sól (2011)


Nonobstant les qualités réelles de Frostnacht et Baldr Ok Iss , ses deux premières offrandes, il faut bien reconnaître qu’on n'attendait pas Helrunar à un tel niveau de réussite et d’ambition. Sól, une fois introduit (doublement, nous en reparlerons) dans la chaîne hi-fi, c’est un Pagan Black Metal froid et sévère qui aurait dû s’en échapper. Or il s’agit de bien plus que cela. Certes, les caractères mentionnés, cette froideur tranchante ainsi que cette sévérité, drapent toujours la musique des Allemands désormais limité à un duo et dont on identifie immédiatement l’écriture et une muse nordique inchangée. Mais, fort d’une inspiration sans limite, ils accèdent à une dimension inédite et ce faisant, ils confèrent au genre une lecture plus mature. Encore une fois propulsé par une prise de son âpre, brute, très peu policée du fidèle Markus Stock (Empyrium, The Vision Bleak), producteur maison du label Prophecy, Sól se déploie donc sous la forme d’un double album axé sur le concept du soleil nordique. Il serait tentant de limiter ce troisième essai à la simple ambivalence entre la chaleur et le froid ; ce concept bi-polaire l’entraîne en réalisé bien plus loin. De fait, bien que baignant dans une ambiance nappée d’une brume noire, il s’agit d’une œuvre d’une ampleur quasi philosophique écartelée entre le jour et la nuit, la vie et la mort. 


La division en deux pans distincts pourraient déterminer les deux visages de cet album avec d’une part un premier volet assez cru et Black Metal, et de l’autre, un second plus évolutif et atmosphérique. Pour pertinente qu’elle soit, cette description ne rend pas tout à fait hommage à une architecture homogène et complémentaire où plusieurs pistes instrumentales d’où jaillit une beauté désespérée ("Nur Fragmente", "Praeludium Eclipsis") encadrent des compositions plus longues que cisaillent des riffs grésillants et recouverts d’une gangue de glace. Après une introduction, le premier disque (Der Dorn Im Nebel) démarre avec "Kollapsar", dont l’ouverture, brutale nous plonge de suite dans une nuit noire éternelle. Lui succèdent deux lentes et lourdes traversées à travers des paysages gris et austères, "Unter Dem Gletscher" et "Nebelspinne" qu’entament à chaque fois de longues mises en place aux couleurs mélancoliques. Plus rapides, "Tiefer als der tag", que déchirent toutefois des passages plus pesants et "Ende 1.3" n’en sont pas pour autant vierges de ce désespoir hivernal et émotionnel qui court tout du long de cet album. Le second disque agglomère plusieurs complaintes plus crépusculaires encore qui permettent à Helrunar de poursuivre son travail. Les deux musiciens, aidés d’un guitariste de session, y sculptent dans la roche froide un Black Metal épique et extrêmement dur, parfois aux confins du Doom ("Rattenkönig"). Sól y atteint son Valhalla lors des onze minutes de la plage éponyme et terminale, laquelle meurt sur une seconde partie instrumentale, longue envolée égrenée par des lignes de guitares belles à pleurer au point de vous donner des frissons. Comment le groupe est parvenu accoucher d’une telle beauté, d’un tel sommet d’émotion ? Nul ne le sait. Sol a quelque chose d’un paysage enténébré par une éclipse, entre ombre tragique et lumière frissonnante. Helrunar réussira-t-il à faire mieux ? (2011 | MW) ⍖⍖⍖

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Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

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Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...