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Marras - Where Light Comes To Die (2019)


Quand la fine fleur de l'art noir finlandais, à tendance un peu NS sur les bords, diront certains, se rassemble, cela donne Marras. Qu'est-ce qui a poussé Nekrofürher, chanteur de Nekrokrist SS, V-KhaoZ (claviers), Vagrinder (bassiste de Förgjord) et les plus anonymes Obscurus (guitares) et Vilthor (batterie) à réunir leur force (noire) ? Nous l'ignorons. Nous savons en revanche que le fruit de leurs ébats sauvages, Where Light Comes To Die, se révèle être une excellente hostie, parfaitement représentative d'un certain pan du black metal du pays des mille lacs, glacial et mélodique, féroce et sinistre tout ensemble. Sur un tapis de synthés blafards s'accouplent guitares polluées et vocalises écorchées comme si demain ne devait jamais exister ('Sea Of Trees'). Opus trapu qui ne franchit que de peu la barre des trente minutes au garrot, ce galop d'essai déroule une curieuse architecture, s'articulant autour de nombreuses pistes instrumentales, hantées et du plus bel effet ('Overture Of The Lonely Journey'), minées par un inexorable désespoir ('Faith', 'Damnation') et vernies d'influences dungeon synth ('Transition Of The Lightless Path') où transparaît la griffe de V-KhaoZ.


Une fois mis de côté ces intermèdes, qui au demeurant participent d'une atmosphère misanthropique de solitude, il ne reste donc que quatre (vraies) chansons. Dominées par la présence fielleuse de Nekroführer, celles-ci sont un appel à l'isolement et à la haine de la race humaine. Loin d'être subi ce retranchement est voulu, revendiqué par des musiciens qui vomissent -à raison - la société contemporaine. Marras sait épandre un suaire nocturne et hivernal par le biais de claviers lugubres et de guitares vrillant l'âme et la chair. Découpés dans un bois incisif brillant de lueurs mélodiques, ces quatre titres forment le réservoir d'une animosité qui confine au dégoût ('Where Light Comes To Die'). Tumultueux, 'Lifeless Sculptures' brûle dans son intimité caverneuse de ce black metal comme on l'affectionne, véloce tout en perçant des paysages nimbés d'une brume blême et fantomatique. Etalant presque huit minutes macabres et solitaires, 'Chamber Of Penance' évoque le Burzum de "Hvis Lysett Tar Oss" lors d'une conclusion spectrale qui ferme la porte de ce caveau perdu au milieu d'une forêt ankylosée par le froid. Héraut de ce black à la finlandaise mortuaire et brumeux, Marras met bas un premier album dont l'agressivité malsaine se conjugue à des atmosphères désolées et obsédantes. En espérant que, eu égard aux nombreuses occupations de ses auteurs, Where Light Comes To Die ne reste pas une œuvre sans descendance...   (01.01.2020) ⍖⍖⍖


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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...