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Rotten Brain - Wait For Putrefaction (2023)


Après quelques petites rondelles avariées (démos et autres splits) comme les affectionne le genre et qui lui ont permis de se faire la main, d’aiguiser ses lames et crocs de boucher, est enfin venu le temps du premier vrai rôt pour Rotten Brain. Ses balbutiements grumeleux nous ont mis l’eau à la bouche, au fond de laquelle ils ont laissé un arrière-goût fétide mais délicieux. Pour qui aime le death bien baveux s’entend, celui qui attire les mouches, l’haleine chargée en mauvaise vinasse, celui qui patauge dans le jus finlandais (Funebre) et la barbaque des abattoirs US (Cannibal Corpse, Autopsy). Bref, du rétrograde et poisseux comme il se doit. C’est dans les vieux boyaux qu’on suce la meilleure semence, les deux gaillards (Darkness Prevails et Eddy Polo) l’ont bien compris, qui régurgitent avec la gourmandise d’un anthropophage ces morceaux de zombies purulents. On les savait biberonnés à l’horreur visqueuse d’un Massacre à la tronçonneuse dont semble être vomi leur death metal morbide et pestilentiel, Wait For Putrefaction les révèle spéléologues de profondeurs lovecraftiennes comme le suggère la gueule monstrueuse du Cthulhu tapi au fond de la pochette. 


S’il suinte toujours de putréfiées émanations, le matériau que ruminent les Français est imprégné de ces atmosphères cauchemardesques chères au maître de Providence, notamment au détour du diptyque instrumental et bien nommé ‘A Slow Agony’ (déjà présent sur la démo éponyme) qui fait plus que s’enfoncer dans la fente d’un doom souterrain, frein à main serré, accordage plus bas que terre qui claque comme une peau tendue et remugles sinistres. Moins porté sur les ambiances menaçantes mais tout aussi pesant, ‘Man In The Madhouse’ plonge dans les entrailles d’un death suffocant qui n’est pas sans rappeler Incantation, jusqu’à ce que le tempo se mette en branle, secoué par une colique frénétique, éruption purulente néanmoins stoppée lors d’une dernière partie qui renoue avec les lourdes reptations. Reste que Rotten Brain préfère quand même les saillies fiévreuses qui charclent sévère. Des borborygmes bien evil aux riffs baveux à souhait chauffés sous les aisselles sans oublier cette rythmique un peu déglinguée qui semble ne jamais vouloir filer droit (‘Lacerated’), tout ici résonne à l’unisson d’une bestialité joyeusement caverneuse (‘Forest Of The Thousand Hanged’). Wait Of Putrefaction appelle le même constat que la première démo dont il décuple la force de frappe grumeleuse et les ambiances fétides avec en sus ces relents horrifiques de cauchemars lovecraftiens. Rotten Brain réussit donc l’étape du premier album et confirme sa place parmi les saigneurs du death français le plus glaireux et primitif. (11.04.2023 | LHN) ⍖⍖

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