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Clint Eastwood - Bronco Billy (1980)


A première vue, cette septième réalisation de Clint Eastwood semble très proche de la série des Doux, dur et dingue et Ca va cogner : même équipe de comédiens, l’Amérique provinciale, bagarres dans les bars et musique country. Ce rapprochement n’est pas tout à fait exact, tant Bronco Billy s’avère beaucoup plus adulte et intéressant. D’une certaine manière, le film s’inscrit dans la tradition de la comédie américaine avec son couple qui d’abord ne cesse de s’affronter avant de tomber amoureux. Ainsi, Billy et Antoinette ne sont pas si éloignés des héros de New York – Miami de Frank Capra par exemple. Mais le cœur de l’histoire s’articule avant tout autour de Bronco Billy, personnage attachant qui révèle peut-être plus qu’aucun autre rôle le vrai Clint. Comme souvent chez le cinéaste, ce (anti) héros est un marginal, dirigeant un Far West ambulant, sorte de Buffalo Bill moderne (l’acteur n’est d’ailleurs pas s’en évoquer Joel McCrea dans le western éponyme de William Wellman, un de ses maîtres). C’est un homme tendre, naïf parfois mais toujours généreux qui n’hésite pas à se faire humilier afin de faire sortir de prison un de ses compagnons. Avec son cirque de seconde zone, loin de la flamboyance et du triomphalisme chers à Cecil B. DeMille dans Sous le plus grand chapiteau du monde, Bronco Billy McCoy est un perdant, mais un perdant magnifique qui cherche à aller jusqu’au bout de son rêve. Deux de ses répliques résument le film et le personnage : « Je suis l’homme que je veux être » et « On a qu’une seule existence. Il ne faut pas en faire une corvée ». Tout Eastwood se trouve dans ces quelques mots. 

Autour de lui gravitent une équipe de bras cassés comme lui, ayant tous plus ou moins fait un séjour derrière les barreaux à un moment ou à un autre de leur vie. Tous ensemble, ils forment une petite famille parcourant cette Amérique profonde que le metteur en scène aime tant filmer. Il y a toujours chez Eastwood cette opposition entre la famille naturelle que l’on subit et celle, plus heureuse, qu'on reconstitue et dont le ciment se trouve dans l’amitié ou dans l’amour. Œuvre très personnelle dans la carrière du cinéaste, Bronco Billy présente de nombreuses analogie avec un autre de ses films majeurs : Million Dollar Baby. Bien sûr, le premier est une comédie et l’autre, pas. Mais au delà de cette différence, on ne peut que noter la proximité entre Billy, patron d’un cirque miteux entouré d’un petit groupe de gens haut en couleur, et Frankie Dunn, propriétaire d'une modeste salle de boxe de quartier que peuplent de jeunes sportifs en marge de la société. Leonard le déserteur, victime d’une enfance brisée, que Billy a recueilli et a formé au point de devenir pour lui presque un fils, nourrit aussi de nombreux points communs avec la boxeuse Maggie Fitzgerald, jeune femme qui retrouve le père qui lui manque à travers son entraîneur. Dans les deux cas, il s’agit de personnages hantés par leur passé et qui cherchent à vivre leur rêve. Eloge de l’Amérique traditionnelle et des valeurs qui l’ont façonné (comme le montre le chapiteau constitué d’une centaine de Bannières étoilées), Bronco Billy est une œuvre totalement à contre courant du cinéma contemporain, ce qui lui confère une valeur supplémentaire. En le regardant, on pense beaucoup à Frank Capra, dont le film est un des plus beaux hommages de ces dernières décennies. Comme chez l’auteur de L’extravagant Mr Deeds, il y a cette opposition entre les gens simples et généreux (Billy et sa petite famille) et de l’autre, les requins obsédés par l’argent (la famille de Antoinette Lily qui désire mettre la main sur sa fortune). De même, le triomphe des bons sentiments et la confiance dans le rêve américain forment un terreau commun à l’œuvre de Capra et au film de Eastwood. Quand il sort sur les écrans, Bronco Billy est alors la plus grande réussite du cinéaste depuis Josey Wales hors-la-loi en 1976 et une des œuvres qui lui est le plus cher. Mais il n’a pas rencontré le succès escompté, le public s’attendant peut-être à une nouvelle aventure à la Doux, dur et dingue et non pas à cette comédie d’un autre temps et d’une simplicité exemplaire... (2005) ⍖⍖⍖




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