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Kadavar - Kadavr (2012)


Mot détestable s'il en est, ce qu'on nomme le buzz touche aussi la musique qui nous est chère. Du coup, lorsque l'on voit débarquer un groupe, qui plus est - apparemment - issu de nulle part, avec, collé sur le coin de la tronche cette aura de sensationnel, on se méfie. C'est ce qui s'est passé avec Kadavar, devenu en l'espace de quelques mois Le truc à écouter, à voir et plus si affinité. Et, une fois n'est pas coutume, la rumeur ne s'est pas trompée ! D'ailleurs, comment pouvait-il en être autrement quand on a la chance de signer chez le respectable Tee Pee Records et que le Roadburn ne jure que par vous ? Mais, perdus dans une faille spatio-temporelle, qu'est-ce qui distinguent ces Allemands du dernier groupe de Hard Rock à la sauce seventies venu ? Rien à priori et pourtant beaucoup. Si leur dégaine avec pattes d'eph' et veste en fourrure peut prêter à sourire, Lindemann, Mammut et Tiger ne rigolent pas vraiment, signant là un galop d'essai tout bonnement incroyable qui ne se contente pas seulement de capturer tant bien que mal le feeling juteux des années 70, pompant Led Zep et autre Sabbath, il en retrouve l'âme sans pour autant sonner daté ou avoir l'air d'une relique oubliée. Anachronique oui mais pas passéiste. Bref, Kadavar a tout compris, notamment que la durée idéale d'un disque reste celle du vinyle. 


Résultat ? La messe est dite en sept titres et 40 minutes, pas davantage. Baignant dans une ambiance délicieusement occulte, le menu a de quoi satisfaire les plus exigeants et à son écoute on comprend tout de suite pourquoi le power-trio a été propulsé sur le trône du Rock psyché. La recette, qu'il ne cherche du reste absolument pas à révolutionner, est pourtant consommée. Mais y a là ce "je ne sais quoi" d'indéfinissable qui fait toute la différence. C'est sans doute ce que l'on appelle la magie. Magie d'une musique intemporelle, d'une voix noyée sous les effets, d'une guitare orgasmique dont les éruptions procurent des frissons ("Purple Sage"), magie d'une basse généreuse ("Black Sun"), d'une batterie qui groove ("Living In Your Head") et magie toujours de compos aux petits oignons, simples mais fignolées dans leurs atmosphères pesantes et noires. Les points G s'enchaînent : "Forgotten Past" et ses courbes bluesy, "Creature Of The Demon", "Goddess Of Dawn"... Impeccable tout du long et à tous les niveaux, on se demande finalement comment les Berlinois parviendront à faire mieux la prochaine fois, tant ils ont placé la barre très haut d'entrée de jeu. C'est tout le mal qu'on leur souhaite... Dans tous les cas, Kadavar n'a pas usurpé sa flatteuse réputation, son essai est un coup de maître et, sans être le chef-d'œuvre que certains veulent nous vendre, s'impose comme une des meilleures pépites que le genre nous ait livré en 2012 (2013 | MW) ⍖⍖⍖

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