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Clint Eastwood - Chasseur blanc, coeur noir (1990)


Quatorzième réalisation de Clint Eastwood, Chasseur blanc, cœur noir est un projet qui de prime abord peut surprendre de sa part. Le sujet, l’époque à laquelle se déroule l’histoire (au début des années 50) et le tournage en Afrique (au Zimbabwe plus précisément) apparaissent en effet très éloignés de son univers. Avant d’être un film, Chasseur blanc, cœur noir est un livre à clés du scénariste Peter Viertel qui raconte le tournage d’African Queen de John Huston. Le roman (car il s’agit bien d’un roman) devient très vite un best seller. Mais Viertel doit attendre plus de trente ans pour qu’il soit adapté au cinéma et ce, malgré de nombreuses tentatives de la part de James Bridges et Burt Kennedy. En fait, le film semble être davantage une transposition de Moby Dick (un autre film de Huston d’ailleurs) que le récit du tournage d’African Queen, qui ne débute ironiquement qu’à la fin. Il s’agit surtout du portrait d’un homme au caractère ambigu, dévoré par une obsession, celle d’abattre un éléphant (obsession véridique selon John Guillermin, assistant de John Huston sur le plateau). C’est cet aspect du sujet qui visiblement a intéressé Eastwood. Il aime les héros mus par un comportement obsessionnel, comme le prouvent Josey Wales Hors-la-loi et sa soif de vengeance, Honkytonk Man et son chanteur tuberculeux voulant à tout prix se rendre à Nashville pour son audition ou bien plus récemment, Million Dollar Baby et sa jeune boxeuse rêvant de devenir championne du monde. L’acteur campe avec talent (il s’agit peut-être d’une de ses meilleures performances) ce personnage grandiose, appelé John Wilson, un homme macho, égoïste, obsédé par une idée fixe qui confine à la folie mais pourtant sympathique. 

On pense bien sûr beaucoup à John Huston et mais aussi à Ernest Hemingway, à cette race d’hommes d’un autre temps aujourd’hui éteinte. Clint livre une imitation convaincante de Huston même si Wilson se révèle davantage antipathique. A la fin, il n’abat pas l’éléphant, mais par sa faute, son guide meurt tué par l’animal, ce qui n’a pas eu lieu dans la réalité. Lorsque enfin débute le tournage, c’est un homme brisé, effondré sur sa chaise qui murmure le mot « action ». Jouer un tel rôle est téméraire de la part de l’acteur qui n’avait jusqu’à présent jamais aborder un tel personnage, qui possède cependant l’ambiguïté qu’il affectionne. Chez Eastwood, les héros se positionnent toujours entre l’ombre et la lumière. De plus, on reconnaît parfois Clint à travers Wilson. Tous les deux ont une vision du cinéma similaire : recherche de la simplicité et de la qualité au détriment de ce qui plaît au box-office. Chasseur blanc, cœur noir nourrit donc également une réflexion passionnante sur la création cinématographique. Ce qu’il rapporte sur la préparation d’African Queen notamment est tout à fait vrai. Le film est empreint d’une certaine nostalgie, celle du Hollywood de la grande époque (que Clint a bien connu durant sa jeunesse) et de ces films tournés en Afrique comme Les mines du roi Salomon par exemple. Mais cette nostalgie n’a apparemment pas suffit à en faire un succès, bien au contraire. Projeté au festival de Cannes, il ne remporte aucun prix, contrairement à Bird (1988) et a finalement été un échec, l’un des plus gros de toute la carrière de Clint Eastwood. Pourtant, sans être son œuvre la plus aboutie, Chasseur blanc, cœur noir demeure intéressant et offre au comédien la possibilité de sortir de son registre habituel. (2005) ⍖⍖




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