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Paradise Lost - The Plague Within (2015)


Actif depuis la fin des années 80, Paradise Lost pourrait aspirer à une retraite bien méritée. Mais les Anglais ne sont pourtant pas pès de se retirer dans un caveau. Pourquoi le feraient-ils d'ailleurs, poursuivant une œuvre exemplaire qu'aucun faux pas n'est jamais venu assombrir, pas même lors de leur période la plus commerciale (c'est-à-dire la moins Metal). Mieux, quand certains de leur génération se contentent d'envoyer une carte postale de temps à autre, les gars d'Halifax vont jusqu'à besogner ailleurs entre deux albums. C'est surtout le cas de deux d'entre eux - et pas des moindres - soit le chanteur Nick Holmes et le guitariste Greg Mackintosh, respectivement associés à Bloodbath et Vallenfyre. Nous aurions pu croire que le fait d'assouvir leur soif de death metal avec cette activité extra-conjugale leur suffirait, laissant leur principal port d'attache forger cet art gothique fixé depuis longtemps. Or, The Plague Within témoigne au contraire que ces racines extrêmes font désormais plus qu'affleurer à la surface, comme c'était le cas autrefois, conférant à ce quatorzième opus une dureté minérale retrouvée. Si Paradise Lost ne renoue bien entendu pas avec la brutalité sévère de ses débuts, tissant toujours une toile aisément identifiable ('Return To The Sun'), il n'en demeure pas moins que ces dix nouvelles compositions affichent une noirceur tranchante ('Punishment Through Time' et ses attaques presque thrash) plus affirmée que sur les derniers disques, quand bien même ceux-ci incarnaient déjà le retour à des motifs plus heavy. 


En fait, la grande différence réside dans le chant de Nick Holmes, plus sombre et âpre qu'à l'accoutumée, comme si la récente collaboration avec Bloodbath avait redonné envie au bonhomme d'exploiter un registre abyssal abandonné depuis longtemps, comme l'illustre 'No Hope In Sight', amorce tout d'abord étonnante par ses atours abrupts avant de revenir à ces aplats typiques du groupe. Grand bien lui en a pris tant sa performance, tour à tour (plus) caverneuse ou mélodique, est pour beaucoup dans la réussite d'une offrande comme toujours impeccable, agrégat de tableaux au format  ramassé qui sont autant de toiles de maître où tout est pensé jusque dans les moindres détails, à l'image des arrangements, discrets mais superbes ('An Eternity Of Lies'). Aux côtés du chanteur, Greg Mackintosh, secondé par l'indéboulonnable Aaron Aedy, sculpte dans la roche froide ses riffs suintant un profond désespoir dont il a le secret, véritable vigie obsédante perçant un épais rideau de brume.  Macérant dans le jus d'un doom austère ('Beneath Broken Earth'), le menu surprend parfois par son agressivité inattendue, témoin ce 'Flesh From Bone' que perfore néanmoins de pesantes crevasses. Citons aussi 'Cry Out' que cisaillent également ces attaques entêtantes reconnaissables entre mille. Il est intéressant de voir comment les Anglais, quand tant d'autres semblent porter sur leurs épaules le poids du temps qui passe, gagnent au contraire au fil des années en puissance, en intensité, en noirceur, glissant tout doucement et de plus en plus, dans les profondeurs de la Moria… Au final, prétendre que The Plague Within se révèle être encore une fois un excellent cru tient du pléonasme et qu'il peut concourir au titre de meilleur album de l'année, aussi ! (01.06.2015 | MW) ⍖⍖⍖

                                    

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